Un ami s'en est allé...
Hommage à Stephan Dunkelman


Le 4 novembre dernier Stephan Dunkelman s'est, comme on dit aujourd'hui, éteint à l'Institut Bordet, à Bruxelles.
La nouvelle a surpris, ébranlé et rempli d'une immense tristesse tous ceux qui l'ont connu. Proches et moins proches lui reconnaîtront son dévouement à rendre service, son engagement indéfectible pour les causes qui lui tenaient à cœur et, plus que tout, son humanité envers ses semblables.
Nous n'évoquerons pas ici - comme c'est pourtant l'usage en de telles circonstances – ses distinctions académiques, son parcours artistique de musicien, de compositeur et de designer sonore, ni ses créations pour tel ou tel plasticien, chorégraphe ou cinéaste...
Compositeur et musicien talentueux - reconnu et récompensé comme tel dans le domaine très pointu et avant-gardiste de la musique acousmatique - Stephan était aussi resté à l'écoute du monde et de ses musiques traditionnelles.
Nous n'en aurions pas fini d'évoquer son intérêt pour celles-ci: du Taraf de Haïdouks, dont il a été maintes fois l'accompagnateur en tournées, entre autres pour les Jeunesses musicales, à ses complicités régulières avec Crammed, à son soutien intangible au projet Colophon...
Alors que l'association se lançait – en 1998 dans l'inconnu du monde de l'édition musicale avec un projet éditorial balbutiant, auquel quasi aucun professionnel ne croyait, par les hasards des belles rencontres et de l'amitié merci à la sculptrice Charlotte Marchal Stephan par son biais nous a rejoint, apportant au projet toute sa sensibilité de musicien, son « oreille » et son savoir-faire technique.



Nous lui devons les editings des premiers titres de la Collection de Musiques populaires du Monde. Treize exactement. Ainsi que les enregistrements – field recordings du CD Folias, qu'il réalisa pour l'association au Brésil, à Casa Branca, dans le Minas Gerais.
On ne peut évoquer toutes les discussions, tous les échanges, toutes les émotions musicales partagées, les anecdotes autant que les petits moments insignifiants qui, au cours de ces vingt dernières années ont façonné cette amitié, sa beauté et sa pérennité.
Parmi les souvenirs forts, souvenons-nous de cette tournée pour les Jeunesses musicales en 2001 des « Lokishinis » comme on les appelait, le groupe Langa Traditional Singers huit jeunes Xosas du Township de Langa au Cap, en Afrique du Sud , et le concert en final organisé pour nos membres et nos sympathisants au succès duquel Stephan a largement contribué. Plus récemment, en octobre 2018, à l'occasion du concert donné à Bruxelles par la chanteuse cap-verdienne Mariana Ramos pour célébrer le vingtième anniversaire du label Colophon Records, il mobilisait sa société d'affichage culturel pour donner à l'événement une magnifique campagne couvrant tout Bruxelles...
C'était hier.
Aujourd'hui, nous sommes en deuil. Nous avons perdu un compagnon de route, un ami. A ceux qui nous succéderont, nous espérons transmettre l'héritage que Stephan nous laisse et dont nous sommes, à notre modeste échelle, devenus aujourd'hui les garants et les passeurs. Il rêvait d'un monde plus juste, d'une culture plus accessible à tous et de la musique comme instrument de connaissance, de découvertes, de paix et de tolérance. La musique l'a accompagné partout et tout au long de sa vie, dans ses rencontres et dans ses amitiés.

Sur son site on pouvait lire:
« Même si je danse en silence... je ne peux le faire qu'en musique »
Repose en musique, cher Stephan.

Pour Colophon,
Eddy Pennewaert

La photo dans le texte est de Cyrille Carillon
© Agence sonore Domino Studio